Feu vert du préfet au GIE Terre-eau
Par arrêté préfectoral du 09 août 2007 M. Daubigny, Préfet de la Région Bretagne, Préfet d'Ille et Vilaine, a choisi d'autoriser les éleveurs porcins de la région de Vitré à transférer et épandre leur surplus de lisier (plus de 30 000 tonnes) vers des cantons moins saturés tels que les cantons de Bain de Bretagne, Rennes Sud-Est et autres qui ne sont pas encore classés en zone d'excédent structurel (ZES).
Cette décision intervient après une année de mobilisation de 28 communes représentant un bassin de 100 000 habitants qui se sont prononcés contre ce plan, après un avis défavorable de la commission d'enquête désignée pour émettre un avis indépendant dans cette affaire qui a suscité lors de l'enquête publique 442 observations dont 402 défavorables, 14 pétitions d'opposition au projet signées par 5.215 personnes, et l'intervention de nombreuses associations de défense de l'environnement.
Comment ne pas être sceptique de voir l'arrêté préfectoral arriver en Mairie le 10 août 2007 sachant que, comme nous pouvions l'envisager depuis longtemps, les épandages de lisier vont pouvoir se mettre en œuvre dès le 16 août 2007 !
La Préfecture a donc été sourde aux arguments des opposants à ce plan d'épandage collectif. Depuis la réunion du CODERST du 22 mai 2007, l'inquiétude s'était accentuée quant au sens et à la motivation de la décision préfectorale. En effet l'instruction diligentée par les services préfectoraux avait totalement occulté l'ensemble des critiques, risques et conséquences contenues dans une telle décision.
Les critiques : un projet d'épandage monté par les éleveurs porcins, qui ont trouvé avec l'exportation de lisier le moyen le plus économique pour se débarrasser d'excédents de déjection sur des sols déjà difficilement maintenus en situation agronomique satisfaisante tout en perpétuant leur développement économique. Ce dossier à été présenté dans le sens d'une agriculture ultra-productiviste dont il fait la promotion même si, comme le conclut la commission d'enquête : « il ne présente pas toutes les garanties de transparence et de fiabilité. »
Les risques : la dégradation de la qualité des cours d'eau du bassin aval de la vilaine a été retenue comme argument fort par la commission d'enquête. Les apports en phosphore notamment ne sont pas maitrisés. L'exportation hors ZES du trop plein de déjections porcines nuira à l'installation et au développement de jeunes agriculteurs et empêchera l'émergence d'une agriculture raisonnée non basée sur des rendements toujours plus importants.
Les conséquences : la mise en œuvre de ce dossier aura comme conséquence première et immédiate de continuer la dégradation des sols et de la qualité de l'eau en Ille et Vilaine. De façon plus indirecte, il constitue un feu vert donné à l'élevage intensif sans maîtrise et sans véritable contrôle. Pour l'enrichissement de quelques uns, la nature est sacrifiée et les contribuables auront à supporter des coûts qui ne leur sont pas imputables.
Telles sont les options préférées par M. le Préfet. On pourrait s'étonner, devant une telle présentation, du choix du représentant du gouvernement mais cette prise de position trouve en fait son fondement en dehors de la spécificité du dossier en cause.
Aucun des arguments écologiques soulevés par les détracteurs du projet n'a été pris en compte car la décision finale est une simple décision politique de stratégie gouvernementale qui évacue toute rationalité notamment environnementale ou d'aménagement du territoire. L'Etat a depuis longtemps choisit dans tous les dossiers sensibles qui mettent en jeux des forces qui se trouvent souvent en opposition comme l'écologie et l'élevage intensif, de satisfaire le parti au poids économique et politique le plus influent.
De plus, la Chambre d'Agriculture qui est désormais et curieusement le nouveau siège social du G.I.E Terre-Eau s'affiche ainsi comme un partisan sans faille de l'agriculture intensive.
L'occasion était donné à Monsieur le Préfet avec ce dossier de renverser le cours des choses et un peu le cours de l'histoire, en donnant la primauté à l'environnement, bien universel ! Cet arrêté préfectoral n'est que la continuité de 50 années de lobbying agricole et de carte blanche donnée aux gros producteurs sans souci du respect environnemental.
Comme toujours, il reste une voie d'action, la voie judiciaire qu'il convient d'activer dans le cadre de ce dossier mais que dire d'une société où le juge est devenu le seul garant de l'application des lois et règlements, de la protection de notre environnement. Le juge ne devrait pas être la conscience de la société ce devrait être à l'Etat d'assurer ce rôle.
Les élus des 28 communes opposées au Projet se réuniront à la fin du mois pour envisager des actions collectives et concertées.

