Le château de Châteaugiron : mille ans d'histoire à quelques kilomètres de Vern-sur-Seiche
À une dizaine de kilomètres à l’est de Vern-sur-Seiche, la petite ville de Châteaugiron cache une curiosité rare : un château médiéval dont les tours dominent encore le bourg, et qui abrite depuis le XIXe siècle la mairie de la commune. Les visiteurs y déposent parfois une demande de passeport sous des voûtes du XVe siècle sans y prêter attention. C’est pourtant l’un des ensembles castraux les mieux conservés du pays de Rennes, avec dix siècles d’histoire écrite dans la pierre.
Un chevalier normand, un fils nommé Giron
L’histoire commence vers l’an mil. Ansquetil, un chevalier venu de Normandie dans l’entourage d’Havoise, sœur du duc de Normandie, reçoit des terres du duc de Bretagne et y bâtit un premier château, sans doute une tour de bois. Son fils Giron lui succède et laisse son nom au lieu, qui devient Châteaugiron. Le site, perché au-dessus de la vallée de l’Yaigne, garde la frontière orientale du duché, sur ce que l’on appelle les Marches de Bretagne : pendant des siècles, la forteresse surveille la route entre la Bretagne et la France.
Le château, qui comptait six tours, un châtelet d’entrée à pont-levis et un logis seigneurial, est profondément remanié au XVe siècle par Jean de Derval, grand seigneur et bibliophile. Quatre tours se dressent encore, dont le donjon haut de 38 mètres, qui servait autrefois de refuge indépendant, et la tour de l’Horloge, qui faisait office de beffroi pour la ville.
La chapelle et ses peintures
Dans l’enceinte, la chapelle castrale est l’une des plus anciennes de Bretagne. Son chœur roman, attesté dès 1184 dans le cartulaire de l’abbaye Saint-Melaine de Rennes, est l’un des rares exemples de chapelle castrale conservé dans la région. Lors de sa restauration en 2007, des peintures murales de plusieurs époques, du XIIe au XVIIe siècle, ont été mises au jour : on les découvre aujourd’hui dans un parcours aménagé. Depuis 2015, l’ancienne chapelle accueille aussi un centre d’art contemporain, les 3 Cha, qui organise des expositions dans ce cadre inattendu.
Des parlementaires, puis la mairie
Au XVIIe siècle, la ville est durement frappée par la peste et le château est peu à peu délaissé. En 1701, il est racheté par les Le Prestre, une famille de parlementaires rennais, qui le transforment en maison de plaisance : une tour d’angle est remplacée par un pavillon à l’italienne, le logis est remanié dans le goût classique, des jardins sont aménagés. La Révolution venue, le domaine change de main, et au XIXe siècle la mairie s’installe dans les murs du château, où elle se trouve toujours. Le bâtiment a été inscrit puis classé monument historique entre 1929 et 1993, et il abrite depuis peu le musée Gourdel, consacré aux sculpteurs Julien et Pierre Gourdel, originaires de la commune.
Le tour de la ville
La visite se prolonge dans le centre ancien, autour des halles qui hébergent aujourd’hui la médiathèque, et au pied du château, où l’étang est un lieu de promenade prisé des habitants. L’eau qui l’alimente, l’Yaigne, est la même qui rejoint la Seiche à Saint-Armel, en bordure de Vern-sur-Seiche : les deux communes partagent le même bassin versant, et le cycle de l’eau relie discrètement les deux bourgs.
Le conseil du guide : ne manquez pas le détour par la chapelle pour ses peintures murales, puis laissez-vous tenter par un tour de l’étang en fin de journée, quand la lumière rase la façade du château. La mairie étant installée dans l’enceinte, l’accès au site est libre en semaine comme le week-end.
Depuis Vern, la route est directe et la sortie tient en une demi-journée. Pour allonger la promenade, le secteur se marie bien avec nos balades dans la vallée de la Seiche, la rivière voisine qui a donné son nom à la commune.
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