Le moulin des Bouillants à Vern-sur-Seiche, la minoterie qui a cessé de moudre en 2001

Le moulin des Bouillants, bâti au bord de la Seiche près de Vern-sur-Seiche
Photo : Erdealmeria, CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons)

On le remarque à peine depuis la rive, tant il se fond dans le paysage de la Seiche. Pourtant, le moulin des Bouillants a fait tourner ses meules pendant près de trois siècles et demi, de 1650 environ jusqu’en 2001, avant que les machines ne s’arrêtent pour de bon. C’est l’un des témoins de l’âge des moulins de la vallée, quand la rivière faisait vivre meuniers et seigneurs.

Un moulin banal au bord de la Seiche

Le moulin de Bouillant, comme le nomment les archives locales, est un moulin banal : avant la Révolution, les habitants de la seigneurie devaient y faire moudre leur grain, en échange d’une redevance au seigneur. Son droit d’eau est dit « fondé en titre », c’est-à-dire imprescriptible : la rivière ne peut jamais le lui retirer.

Construit vers 1650, il partage son architecture avec deux moulins de la Vilaine, le moulin du Boël, bâti en 1652, et celui de la Molière : un éperon en amont pour résister au courant, trois contreforts en aval. Il faisait partie de la seigneurie de Château-Logé, possession de la famille Cossé de Brissac. Vendu en mars 1657 aux Chastelliers de Corps-Nuds, il passe en 1682 à la famille Béringhen, puis en 1742 à la famille Caradeuc de La Chalotais, celle-là même qui achète la même année le château du Plessis. Ses descendants, les familles Kermarec et Chéreil de la Rivière, le gardent jusqu’en 1860. Le moulin compte alors deux roues et trois meules.

Le temps des meuniers

En 1860, la page de la noblesse se tourne. Pierre Quatreboeufs, meunier originaire de Vern-sur-Seiche, a passé six ans dans l’armée de Napoléon, dont toute la campagne d’Espagne, avant de s’établir au moulin. Le 17 mars 1860, son fils Jacques achète la bâtisse : pour la première fois, elle n’appartient plus à un seigneur. Vers 1875, Jacques Quatreboeufs supprime une roue et installe une machine à vapeur, qui permet de continuer à moudre lorsque le niveau de la Seiche est trop bas pour entraîner la roue restante.

Après sa mort, sa veuve et sa fille vendent le moulin par adjudication au docteur Deschamps, le 21 juillet 1900. Quatre ans plus tard, une surélévation transforme la bâtisse en minoterie. Autour de 1920, une nouvelle page s’ouvre : François Gallée achète le moulin, et la famille ne le quittera plus.

Cinq générations de Gallée

Cinq générations se succèdent sur le site, de François à Denis, le dernier meunier. Dans les années 1930, les roues laissent la place à des turbines, et l’on y utilise un alvéographe Chopin, un appareil qui mesure la qualité des farines en testant la résistance, la ténacité et l’extensibilité de la pâte. Denis Gallée tient l’affaire de 1981 à 2001. Cette année-là, les machines s’arrêtent définitivement, et le moulin cesse de moudre après plus de trois siècles d’activité.

Depuis, la famille entretient les lieux et a adapté l’ouvrage aux exigences de continuité écologique de la rivière, avec le soutien de la commune. L’arrêt de 2001 n’a pas fait du moulin un musée poussiéreux : les mécanismes sont restés en place, et les machines peuvent encore être entraînées par la force de l’eau lorsque le niveau le permet.

Voir le moulin

Le moulin des Bouillants est une propriété privée, habitée et entretenue par la famille Gallée. Il ouvre exceptionnellement ses portes à l’occasion des Journées européennes du patrimoine, comme en septembre 2025. L’occasion de découvrir les machines d’époque, l’alvéographe et les meules, et d’entendre l’histoire des meuniers de la Seiche racontée par ceux qui l’ont vécue. En 2019, la famille y avait accueilli plus de 600 visiteurs en deux jours.

Le conseil du guide : combinez la visite du moulin avec une balade dans la vallée de la Seiche. Le moulin se trouve au bord de la rivière, et l’on comprend mieux, en voyant l’eau passer sous la bâtisse, pourquoi ce droit d’eau valait si cher aux yeux des meuniers d’autrefois.

Pour aller plus loin : le patrimoine de Vern-sur-Seiche, l’histoire de la commune et nos balades dans la vallée de la Seiche.

Pour continuer

À lire aussi