Noël du Fail, écrivain breton, a été instruit à Vern-sur-Seiche

L'église Saint-Martin de Vern-sur-Seiche
Photo : chisloup, CC BY 3.0 (Wikimedia Commons)

Vern-sur-Seiche compte un écrivain dans son histoire. Noël du Fail, seigneur de La Hérissaye, a passé ses premières années d’étude dans la paroisse, chez un maître du nom de Caillard, avant de devenir l’un des magistrats les plus en vue de Rennes et un conteur lu dans toute la Bretagne. Son nom est resté accroché à une école publique de la commune, à côté de celle de La Chalotais.

Un cadet de la campagne rennaise

Noël du Fail naît vers 1520 dans le manoir familial de Château-Létard, sur la commune de Saint-Erblon, à une dizaine de kilomètres au sud de Rennes. Son père, François du Fail, est un gentilhomme campagnard de fortune médiocre, dont la famille occupe cette terre depuis le XIVe siècle. L’enfant est le benjamin de cinq, dont quatre garçons : la carrière passe par les études, et le droit de l’aîné sur le domaine laisse aux cadets le champ libre.

Après ses premières années à Vern, il gagne l’Université de Paris, où il se trouve au plus tard en 1539. Il y suit probablement les cours du collège Sainte-Barbe.

Le maître Caillard, à Vern

Ce que l’on sait de ce premier passage vernois tient en peu de mots : Noël du Fail fut placé à Vern chez un maître d’études du nom de Caillard. C’était l’usage pour les fils de la noblesse rurale : apprendre le latin et les rudiments avant l’université, souvent chez un prêtre ou un régent de village payé par la famille.

La paroisse s’écrivait alors sans la précision d’aujourd’hui. Les actes la nomment Ver en 1158, Vern en 1185, Veern en 1230, puis Verno en 1318 et en 1371, et Vernes en 1731 ; la commune n’a pris le nom de Vern-sur-Seiche que par décret, le 20 avril 1920. Le clocher que l’on voit aujourd’hui n’est pas celui de l’époque : l’église Saint-Martin a été largement reconstruite au XVIIe siècle, puis remaniée au XIXe.

Une vie de magistrat

Son parcours quitte ensuite le bocage. Il s’engage pour une campagne militaire en Italie en 1543 et 1544, se trouve à la bataille de Cérisoles le 11 avril 1544, et profite du voyage pour visiter Venise et Rome. À court d’argent, il finance son retour en Bretagne en donnant des leçons de grammaire et de littérature latine.

Se destinant à la magistrature, il fait le tour des écoles de droit : Angers, Poitiers, Toulouse, Avignon, Bourges, Orléans. En 1548, il s’installe comme avocat ou procureur à Rennes, entre l’année suivante dans la confrérie du Papegaut, cette société d’arquebusiers rennais qui décerne un titre de « roi » et vaut brevet de citoyen, puis devient en 1553 l’un des sept conseillers du présidial de Rennes, tout juste créé, sous la présidence de Bertrand d’Argentré. Il épouse alors Jeanne Perraud, fille d’avocat.

Les lettres patentes du 14 octobre 1571 le nomment conseiller au parlement de Bretagne, charge qu’il reçoit le 21 février 1572. Accusé de protestantisme dès 1573, il doit soutenir un procès en règle et ne siège de nouveau qu’en 1576. Après la Chambre des enquêtes, il entre dans la Grand-Chambre en 1578. La goutte rend son activité intermittente à partir de 1581 ; il prend sa retraite en octobre 1585 et obtient le statut de conseiller honoraire. En 1589, les Ligueurs l’enlèvent et ne le libèrent que contre rançon. Il meurt le 7 juillet 1591, dans sa maison de Rennes, rue du Puits-Mesnil.

Ce qu’il raconte de la campagne bretonne

L’œuvre de Noël du Fail forme un témoignage rare sur la société rurale du XVIe siècle. Les Propos rustiques de maistre Léon Ladulfi, Champenois, publiés à Lyon en 1547 chez Jean de Tournes, mettent en scène quatre notables et les habitants de deux villages des environs de Rennes. Léon Ladulfi est l’anagramme de Noël du Fail, et la matière du livre vient de la campagne qu’il connaît.

Suivent les Baliverneries d’Eutrapel en 1548, puis les Contes et Discours d’Eutrapel en 1585, où dialoguent cette fois des notables : le prudent Polygame, le fourbe Lupold et le joyeux Eutrapel, porte-parole de l’auteur. Derrière les anecdotes comiques et les tableaux de la vie paysanne affleure une réflexion morale et politique, dans le sillage de Rabelais et de Montaigne.

Le manoir de Château-Létard, à Saint-Erblon, a vu naître l’écrivain et des propriétaires en ont entrepris la restauration à partir de 2003. À Vern, la mémoire est plus discrète : elle tient dans un nom d’école, celui de l’école publique Noël-Du-Fail. Les enfants de la commune passent ainsi chaque jour devant le nom d’un homme dont la vie a commencé dans le bocage voisin.

Les familles qui cherchent les coordonnées des écoles trouveront les renseignements pratiques, dont ceux de l’école La Chalotais à Vern-sur-Seiche, sur la page dédiée de la commune.

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