Auguste Martin, le recteur de Vern-sur-Seiche devenu premier évêque de Natchitoches
En juin 1832, la paroisse de Vern-sur-Seiche change de recteur. Le nouveau venu a vingt-neuf ans, il arrive de Bléruais et il ne restera que quatre ans. Son nom ne dit rien aux Vernois d’aujourd’hui, et pourtant : c’est lui qui a lancé la reprise de l’église Saint-Martin, et c’est lui qui, vingt ans plus tard, est devenu le premier évêque de Natchitoches, en Louisiane.
Un Malouin formé chez les Lamennais
Auguste Marie Martin naît à Saint-Malo le 1er février 1803. Il fait ses études au collège royal de Rennes, entre au séminaire et devient secrétaire de Jean-Marie de Lamennais, alors vicaire général de la Grande Aumônerie de France. À Paris, il rencontre Félicité de Lamennais et devient son disciple.
En 1824, un autre prêtre passe par Rennes : Simon Bruté de Rémur, en partance pour l’Amérique, où il va fonder le diocèse de Vincennes, dans l’Indiana. Martin est séduit par l’idée missionnaire et tente d’embarquer les frères Lamennais avec lui. Il n’y parvient pas, et reste en Bretagne quelques années de plus. Il est ordonné prêtre en 1828.
Quatre ans à Vern
Recteur de Bléruais, puis de Vern du mois de juin 1832 au 30 juillet 1836, il est à l’origine des travaux de reprise de l’église paroissiale, poursuivis après son départ. Le chantier se lit encore dans l’édifice : le chœur et le transept sont refaits en 1834 sur les plans de l’architecte Jean-Baptiste Leroux, le mur nord de la nef et la tour entre 1850 et 1857. Autrement dit, une partie de ce que l’on voit aujourd’hui en entrant dans l’église Saint-Martin de Vern a été décidée par un curé de passage, entre deux correspondances avec ses amis mennaisiens.
Il quitte Vern pour devenir aumônier du collège royal de Rennes, poste qu’il occupe jusqu’en 1839.
L’Indiana, puis la Louisiane
Cette année-là, Mgr de La Hailandière le convainc de le suivre dans l’Indiana. Martin devient son vicaire général pour le diocèse de Vincennes, où il passe six ans. La santé et les tensions avec l’évêque finissent par le pousser vers le sud. On le retrouve curé à Bâton-Rouge, aumônier chez les Attakapas, puis, en 1849, à la paroisse Saint-François-d’Assise de Natchitoches. En 1850, il est nommé vicaire forain de la Louisiane du Nord.
Le 29 juillet 1853, Pie IX l’appelle comme premier évêque du diocèse de Natchitoches, créé cette même année. Il est consacré le 30 novembre 1853 à la cathédrale Saint-Louis de La Nouvelle-Orléans.
Vingt-deux ans d’épiscopat, la guerre au milieu
Sa méthode tient en deux idées : faire venir des prêtres et des religieuses d’Europe, et former un clergé local. Il recrute en France, ouvre un séminaire pour les vocations du pays, multiplie les missions et lance la construction de l’église de l’Immaculée-Conception, commencée en 1857. Le chantier s’interrompt avec la guerre de Sécession, puis avec la Reconstruction : l’édifice ne sera achevé que vers 1900.
Il traverse les années de guerre à la tête de son diocèse, participe au deuxième concile plénier de Baltimore en 1866, puis au premier concile du Vatican, en 1869 et 1870. Il meurt le 29 septembre 1875, à 72 ans, en laissant une vingtaine de prêtres et des congrégations féminines qu’il a fait venir de France.
Ce qui reste, des deux côtés de l’Atlantique
À sa mort, le diocèse qu’il a fondé couvre le nord de la Louisiane. En 1910, le siège est transféré de Natchitoches à Alexandria : le diocèse change de nom, pas de territoire, et c’est aujourd’hui le diocèse d’Alexandria. L’église qu’il a commencé à bâtir est devenue basilique mineure en 2009.
À Vern, aucune plaque ne porte son nom. Il reste l’église qu’il a contribué à relever, celle où les habitants passent sans y penser, et une histoire qui ne tient qu’à quelques lignes d’archives diocésaines : celle d’un curé du pays de Rennes devenu, à quatre mille kilomètres de là, l’évêque d’un diocèse de Louisiane.
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