Le Plessis a distillé le cidre de Vern-sur-Seiche

Des pommes à cidre, la matière première de la distillerie du Plessis
Photo : Mnemosyne3, CC BY-SA 3.0 (Wikimedia Commons)

On cherche l’usine et on trouve un château. Au Plessis, au nord du bourg de Vern-sur-Seiche, la distillerie qui a travaillé les pommes à cidre du secteur pendant une partie du XXe siècle s’est installée dans les murs d’une demeure du XVIIIe siècle, à l’orée d’un bois. Le site est privé, fermé, et rien depuis la route ne laisse deviner qu’on y a distillé du cidre et du poiré à l’échelle industrielle.

Un domaine bâti pour un procureur du roi

Le château du Plessis est construit au milieu du XVIIIe siècle pour Louis-René de Caradeuc de La Chalotais, procureur général au Parlement de Bretagne. Il prend place près d’un manoir plus ancien, remanié à la même époque, où il se marie le 28 janvier 1726. Le décor sculpté, attribué aux ateliers de Jacques Verberckt, rattache l’édifice aux grandes réalisations de l’architecte Jacques Gabriel à Rennes après l’incendie de 1720. Sur le domaine, il expérimente la culture de la pomme de terre, alors nouvelle dans la région. L’histoire de ces bâtiments est racontée dans notre page sur le patrimoine de Vern-sur-Seiche.

1923, l’incendie laisse un atelier disponible

Au début du XXe siècle, un incendie détruit une partie de la propriété et dénature le château. En 1923, un industriel nommé Dufresne y fonde une distillerie de cidre. La Cidrerie-Distillerie du Château du Plessis est constituée en société anonyme au capital d’un million de francs. Elle possède 117 hectares et deux châteaux. Le petit abrite le logement des administrateurs. Le plus vaste et le plus ancien reçoit les appareils qui travaillent les pommes, distillent et rectifient les cidres, et traitent les sous-produits.

L’atelier de fabrication s’installe dans l’ancienne chapelle et dans le logement de l’aumônier, tous deux très abîmés par le feu. Le rez-de-chaussée a survécu. Il garde ses briques, son calcaire en chaîne d’angle, trois baies en plein cintre dont deux portaient des vitraux, et une clé d’arc sculptée en forme de tête. L’étage, reconstruit, repose sur des structures métalliques apparentes remplies de parpaings de béton, sous de larges baies.

Plus de cinq cents litres d’alcool pur par jour

En 1926 et 1927, la distillerie se modernise : décantation continue, refroidissement et neutralisation des vinasses. Dans les années 1930, une Société agricole et industrielle de Vern-sur-Seiche, au capital de 300 000 francs, succède à la cidrerie-distillerie. Elle produit de l’eau-de-vie, de l’alcool extra-neutre et des marcs séchés, distille les cidres et les poirés, et dépasse 500 litres d’alcool pur par jour. Les marcs partent à l’alimentation des chevaux et du bétail.

À l’ouest de l’atelier, un bâtiment de briques et de parpaings abrite la colonne de distillation. À l’est, l’ancien logement de l’aumônier garde son toit brisé à croupes en ardoises. En retour d’équerre, l’entrepôt industriel, monté en parpaings, est percé de verrières. Deux logements d’ouvriers, en briques, subsistent à l’entrée du site.

Les eaux résiduelles épandues sur sept hectares

Une distillerie consomme de l’eau et rejette des vinasses, ces liquides résiduels chargés de matière organique. La société les traite par épandage au sol, une méthode employée dans le Nord et utilisée pour la première fois dans le département. Les eaux passent d’abord dans un bassin de décantation, puis sont conduites sur des champs d’épandage de 7 hectares chacun, répartis dans la propriété. Chaque terrain est utilisé tous les trois ans. Un seul champ suffit à absorber les eaux d’une campagne de sept à huit mois. Ces champs sont ensemencés en pomme de terre, en blé et en betterave.

Le procédé dit beaucoup de l’époque : on ne parle pas encore de traitement des effluents, mais d’une valorisation agricole qui évite de tout rejeter à la rivière.

Un bâtiment désaffecté, une date de fin inconnue

La date de cessation d’activité n’est pas documentée. Le bâtiment industriel est désaffecté. L’ancien logis patronal, lui, est toujours habité, et le domaine appartient à la famille d’Eugène Douard, ancien maire de Vern.

Le site reste privé et fermé. Il figure à l’inventaire général du patrimoine culturel d’Ille-et-Vilaine, avec le détail de ses bâtiments, de ses campagnes de travaux et de ses archives, notamment les dossiers d’établissements insalubres déposés entre 1922 et 1939. Pour prendre la mesure de l’industrie vernoise du siècle dernier, il faut y ajouter la raffinerie Antar, installée sur la commune de 1965 à 1979 pour soulager le site de Donges : Vern-sur-Seiche a bien eu sa part d’usines, entre la Seiche et la route de Chantepie.

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