La Chalotais, procureur du roi et seigneur du Plessis à Vern

Portrait de Louis-René de Caradeuc de La Chalotais, procureur général au parlement de Rennes
Portrait : auteur inconnu, domaine public (Wikimedia Commons)

Le nom est resté à Vern-sur-Seiche, sur la façade d’une école publique et sur un domaine fermé au nord du bourg. Louis-René de Caradeuc de La Chalotais (1701-1785) fut pourtant l’un des magistrats les plus en vue du royaume, au point que Voltaire a écrit sur lui, que Louis XV l’a fait arrêter et que la Bretagne a manifesté pour sa libération. Son ancrage vernois tient à un château, le Plessis, et à un légume qu’il a contribué à installer dans les assiettes bretonnes.

Un magistrat rennais au parlement de Bretagne

Né à Rennes le 6 mars 1701, dans une famille de la noblesse parlementaire, La Chalotais devient avocat général au parlement de Bretagne en 1730, puis procureur général en 1752. La charge en fait l’un des principaux représentants du roi dans la province, avec un ressort qui couvre l’administration, la police et la justice.

Il compte parmi les membres actifs de la Société d’agriculture de Bretagne, fondée en 1757, la première de France. C’est par ce canal que l’agronomie entre dans son horizon, avec les idées des Lumières.

Le Plessis, acheté en 1742

À une quinzaine de minutes à pied du bourg, sur la route de Chantepie, le domaine du Plessis appartenait au XVIIe siècle à la famille du Chastellier. La Chalotais en fait l’acquisition en 1742 et transforme l’ancien manoir en château au milieu du XVIIIe siècle. Le décor sculpté, attribué aux ateliers de Jacques Verberckt, rapproche l’édifice des grandes réalisations de Jacques Gabriel à Rennes après l’incendie de 1720.

Le domaine comprend une chapelle, des dépendances et des terres. Il porte aussi une seigneurie, avec le droit de haute justice attaché au Plessis, ce qui place son propriétaire au premier rang de la paroisse. Au début du XXe siècle, un incendie détruit une partie de la propriété ; en 1923, une distillerie de cidre s’y installe, avant l’inscription à l’inventaire du patrimoine culturel d’Ille-et-Vilaine. Le site reste aujourd’hui privé et fermé.

La pomme de terre avant Parmentier

C’est au Plessis que La Chalotais mène ses essais. La pomme de terre, arrivée d’Amérique du Sud par l’Espagne, reste au milieu du XVIIIe siècle un tubercule suspect : le parlement de Paris en a interdit la culture dans le nord du royaume en 1748, la croyant capable de transmettre la lèpre. En Bretagne, les disettes reviennent et les rendements de blé ne suivent pas la population.

Le magistrat rennais fait partie des promoteurs précoces du tubercule, avec l’évêque de Léon Jean-François de la Marche, resté célèbre sous le surnom d’« eskob ar patates ». Dès 1757, des cultures sont signalées dans la région de Rennes à son initiative. Il ne s’agit pas de remplacer le pain, mais d’offrir une ressource de soudure aux paysans pauvres, dans un royaume où la pomme de terre ne se généralise vraiment qu’au XIXe siècle.

Le coup d’éclat de 1761

La notoriété de La Chalotais change d’échelle en 1761. Il présente au parlement son Compte rendu des constitutions des Jésuites, un réquisitoire qui conteste les statuts de la Compagnie de Jésus et son emprise sur l’enseignement. Le texte est rendu public, se répand dans l’Europe des Lumières et pèse dans le processus qui aboutit à l’expulsion des jésuites du royaume.

Deux ans plus tard, il publie un Essai d’éducation nationale, où il propose de remplacer l’enseignement du latin par les langues vivantes et les sciences. Le mot d’« éducation nationale » lui est attribué. Voltaire l’en félicite, tout en se moquant de son style de plume.

Arrêté en 1765, exilé, puis rétabli

La suite est une affaire d’État. En 1763, les États de Bretagne refusent de voter de nouveaux impôts voulus par le gouverneur, le duc d’Aiguillon. La Chalotais prend la tête de l’opposition parlementaire. Deux lettres anonymes adressées au secrétaire d’État Saint-Florentin lui sont attribuées, et il est arrêté le 11 novembre 1765, avec son fils et quatre autres parlementaires.

Il passe par la citadelle de Saint-Malo, le château du Taureau, puis la Bastille en 1766. Faute d’encre, il rédige sa défense à l’aide d’un cure-dent trempé dans du vinaigre, un détail que Voltaire transformera en légende. Le roi finit par l’exiler à Saintes en 1767. Il ne retrouve sa charge qu’en 1775, après l’arrivée de Louis XVI, et devient marquis de Caradeuc l’année suivante. Il meurt à Rennes le 12 juillet 1785, en travaillant encore à son essai sur l’éducation.

À Vern, il laisse un nom, un château transformé en distillerie et une trace plus discrète : ses parents reposaient dans le sanctuaire de l’église Saint-Martin, où l’on voyait encore leurs pierres tombales. Pour replacer le personnage dans la longue durée de la commune, notre page sur l’histoire de la paroisse de Vern-sur-Seiche reprend les origines, les manoirs et les événements qui ont fait le bourg.

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