La Libération de Vern-sur-Seiche : le 4 août 1944, un bourg pavoisé jusqu'au clocher

Soldats de la 29e division d'infanterie américaine devant le monument aux morts de Vern-sur-Seiche, en juin 2024
Photo : U.S. Army 29th Infantry Division (Staff Sgt. Matt Lyman), domaine public (Wikimedia Commons)

Le 4 août 1944, Vern-sur-Seiche pavoise jusqu’en haut du clocher et les cloches sonnent à toute volée. Les troupes américaines arrivent par le nord du bourg, et l’un de leurs premiers soldats fait son entrée à vélo, encadré par deux habitants partis le chercher à Rennes. Quatre-vingts ans plus tard, la commune a fait de cette date un rendez-vous, décalant même sa cérémonie du 8 mai au 8 juin 2024 pour que la 29e division d’infanterie américaine vienne commémorer sur place.

Un bourg devenue refuge

Tout commence mal. Le 6 juin 1944, le centre de Rennes est bombardé. Les Rennais se réfugient à Vern-sur-Seiche, où les habitants les accueillent dans le bourg et les hameaux. Les écoles suivent : l’école de jeunes filles Magenta s’installe chez la famille Pérouas, à Vaugon, pour la classe, et au Pérel, près du pont, pour le dortoir.

Le mois d’août s’ouvre sur un autre spectacle. Les 1er et 2 août, c’est un défilé presque ininterrompu de camions allemands qui refluent vers l’est. La Milice quitte Rennes, et son convoi traverse Vern. Des soldats allemands passent dans le bourg avec des poulets accrochés à leurs musettes, se souvient Léon Pérouas, qui avait deux ans et dont le témoignage a nourri les cérémonies de 2024. Trois jours de combats à Maison-Blanche et à Saint-Grégoire précèdent la libération de Rennes.

Le soldat à vélo

Le grand jour est le 4 août. Dans la matinée, deux habitants ramènent de Rennes, sur leurs vélos, le premier soldat américain qu’ils rencontrent. Il est escorté jusqu’au bourg, accueilli triomphalement, puis reçu à la mairie où on lui sert du vin. Le maire crie « Vive l’Amérique ! », l’homme répond « Vive la France », et repart à vélo vers la Hallerais, la tête un peu lourde.

L’après-midi, les engins motorisés et les blindés entrent à leur tour, dans un bruit de ferraille. Les troupes distribuent chocolat, conserves et cigarettes, des produits rares. En fin de journée, La Marseillaise monte dans le bourg, et la foule se dirige vers le cimetière, jusqu’aux tombes des résistants, puis dépose une gerbe au monument aux morts.

Les Américains installent ensuite un campement au pont de Vaugon, où la population vient admirer les véhicules, y compris les camions de blanchisserie automatique de l’US Army. Le 19 août, des soldats cantonnés à Vern sont reçus à la table d’habitants et de réfugiés rennais.

Un été de deuils et de bals

L’été n’est pas seulement joyeux. Le 25 août, l’église de Vern accueille les obsèques de Jean-Louis Delourmel, sous-lieutenant FFI, mort pour la France au maquis de Saint-Gilles-du-Méné, dans les Côtes-d’Armor.

Puis vient la fête. Le dimanche 24 septembre, la population se rassemble au Clos-d’Orrière, dans la propriété de la famille de La Maisonneuve, pour le bal de la Libération. Les soldats américains, conduits par le capitaine Robert J. Dehler, sont accueillis par le maire Hyacinthe Sourdin, boucher de son métier, par M. Chesnais, le recteur, et par M. Prioul, instituteur. Ils participent aux jeux et aux danses, et leur capitaine remercie les organisateurs du plaisir pris à cette journée.

Quatre-vingts ans plus tard

Le 8 juin 2024, la commune a remis le couvert. Une foule importante s’est rassemblée autour du monument aux morts, en présence du maire Stéphane Labbé, du major-général Joseph DiNonno, commandant la 29e division d’infanterie, du général Guillaume Couetoux, du 2e régiment du matériel de Bruz, de la Préparation militaire marine et des pompiers. Deux défilés ont mené les participants de la mairie au monument, puis jusqu’au centre culturel Le Volume, avec le bagad Kadoudal et la chorale de Bel Air.

Deux habitants présents en 1944 ont été honorés ce jour-là et placés en tête du défilé. C’est la mémoire de cette journée que porte encore le monument « aux héros de la Résistance », rue de Châteaubriant, élevé après la guerre. Pour replacer ce 4 août dans l’histoire longue de la commune, notre histoire de Vern-sur-Seiche remonte aux origines du bourg.

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